Entretenons le lien entre vos projets de biographie et nous !

Chaque semaine, une facette de notre métier de biographe

Présentées par des membres de notre réseau, ces expériences incarnent l’esprit des Compagnons Biographes, au service de projets d’écriture dont la variété constitue le charme.

Pour trouver votre biographe.

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> Quitter son pays sous la contrainte, raconter son histoire, ce déchirement pour témoigner

Par Marie-Hélène Grégoire, Compagnon biographe à Chatou, en région parisienne, le 16 mai 2022

Comment être à l’écoute du narrateur ? Comment créer un climat pour qu’il exprime au mieux son ressenti, ses émotions ? Et permettre aux silences de s’installer ?

Rencontrer Ana
Ana, réfugiée d’Espagne avec sa famille me raconte la « Retirada » qu’elle a vécu de 6 à 11 ans.
Petite femme aux cheveux très blancs, à l’œil pétillant, elle m’ouvre la porte. Sur son visage, se lit son énergie et sa bienveillance, mais aussi l’inquiétude à l’idée de se replonger dans son passé et de raconter son histoire.

Partir vers l’inconnu
Ana vit avec sa famille dans un petit village près de Cordoba. Son père, opposé farouchement à Franco, s’engage dans la résistance et le reste de la famille part sur les routes, c’est la « Retirada », l’exode en direction de la France. Ana raconte la route jusqu’à la frontière, l’annonce de la mort de son père sous le drapeau républicain, puis la traversée à pied des Pyrénées pendant laquelle, sa mère accouche d’un petit frère, l’arrivée dans un premier camp d’accueil en France ; puis ballottée de Besançon à Argelès, en passant par Bram, Rivesaltes, Montluel, Le Chambon-sur-Lignon, vivant dans l’incertitude du lendemain. Entourée d’une famille aimante, elle a une seule envie chevillée au corps, s’instruire, apprendre le plus possible grâce à la « Croix Rouge suisse » qui s’investit auprès des réfugiés.

S’installer en France
Malgré cette jeunesse marquée par la guerre, les privations, le déracinement, Ana deviendra « première main » chez un grand couturier à Paris. Avec son mari, ils ouvriront une boutique et habilleront certaines personnalités connues de cette époque.

Savoir écouter

J’écoute, je laisse les silences s’installer pour qu’elle reprenne son souffle, qu’elle laisse passer l’émotion qui la submerge à l’évocation de ces souvenirs toujours aussi brûlants et que je dois retranscrire.

Remonter le fil de l’histoire

Ce fût pour Ana un plongeon douloureux dans le passé, mais aussi un exutoire. Sa mémoire intacte a produit un témoignage bouleversant, identique à celui que pourraient laisser ceux, du monde entier, obligés de fuir leur terre.


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> Qui choisir comme biographe ?

Par Julie Lucquet, Compagnon Biographe à Grenoble, le 9 mai 2022

Ça y est, vous avez décidé d’écrire votre autobiographie. Ne vous sentant pas l’âme d’un écrivain, vous choisissez de faire appel à un écrivain-biographe. Sur la toile, vous identifiez de nombreuses personnes effectuant ce métier. Laquelle choisir ?

Un premier écrémage
Pour commencer, privilégiez un biographe professionnel. Pour une collaboration en toute sérénité, celui-ci pourra vous fournir contrat et facture. Je vous suggère d’éviter un écrivain amateur, à moins qu’il ne s’agisse d’une de vos connaissances et que vous ne vous sentiez totalement en confiance.

Définissez vos priorités techniques
La suite dépendra de ce qui est important dans votre projet.
Par exemple :
– Préférez-vous rencontrer votre biographe en chair et en os ? Ou des entretiens en visio vous conviendraient-ils ?
– Quel budget pouvez-vous consacrer à l’écriture de votre livre ? Sachez que chaque
biographe utilise sa propre grille tarifaire. Cela dit, il est en général possible d’étaler la dépense. Posez la question.

Suivez votre instinct pour la décision finale
Chez les Compagnons Biographes, nous sommes 50 écrivains professionnels à œuvrer pour la transmission écrite de vos souvenirs. Des valeurs communes et une charte de déontologie nous rapprochent. Nous restons cependant avant tout des professionnels indépendants avec des personnalités variées. C’est ce dernier point que je vous invite à garder en tête (et au cœur) quand vous choisirez votre biographe. De fait, vous allez passer de nombreuses heures avec votre écrivain privé ; il est essentiel que vous vous sentiez à l’aise avec lui/elle. Et je tiens à vous rassurer : dans notre domaine spécifique d’écriture, on peut dire qu’il existe un biographe pour chaque narrateur ou narratrice. Pour l’écriture du livre de votre vie, optez donc pour travailler avec la personne avec laquelle vous allez le plus entrer en résonance. Cette aventure biographique n’en sera que plus merveilleuse.


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> Une biographie sur un air d’accordéon

Par Anne-France Chartois, Compagnon Biographe en Eure-et-Loir (Chartres), le 2 mai 2022

Il y a des objets qui constituent le fil rouge d’une existence. Pour René, c’est l’accordéon. Son instrument lui permet de rencontrer la femme de sa vie. Et puis, dans les dernières années, de remercier sa biographe.

Une passion qui vient de l’enfance
René passe ses premières années dans la joyeuse ambiance du café de sa mère. Tandis que les clients jouent au billard, la patronne met en marche le phonographe. Elle dispose d’une large collection de disques de musique d’accordéon. René prête l’oreille et se passionne. Dès l’âge de 6 ans, c’est lui qui met les disques, monté sur une chaise pour être à bonne hauteur. Il ne se lasse pas d’entendre jouer les grands noms du bal musette.

Les bals de campagne

À l’adolescence, René n’y tient plus : il veut jouer, lui aussi ! Son père lui offre un accordéon, et il s’initie par lui-même, à l’oreille. Et comme l’oreille est bonne, il intègre bientôt un orchestre qui anime les bals de campagne du samedi soir. René parcourt alors les routes empierrées de l’Eure-et-Loir à vélo, l’accordéon sur le dos, pour rejoindre les différents chapiteaux montés dans les villages. Après la Libération, on danse furieusement en France. Tout en jouant sur l’estrade au milieu des autres musiciens, René ne tarde pas à repérer Mariette, une jeune fille dégourdie qui aime l’accordéon. Et la belle histoire commence.

La fête des 90 ans
Cette histoire, René me l’a racontée pour mettre en mots ses aventures. Après avoir partagé son récit, René partage aussi la fête et m’a invitée à sa réception d’anniversaire. Le livre a été imprimé juste à temps pour ses 90 ans, et chacun a reçu son exemplaire. On m’a passé le micro : il fallait dire quelque chose devant la famille et les amis ! Après les remerciements d’usage, le narrateur a embrassé la biographe sur les deux joues. Puis place à la musique : René a passé les bretelles de son accordéon et a ouvert la fête. C’est si plaisant de danser sur un air de bal musette !


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> Au début était le titre !

Par Francis Dénat, Compagnon Biographe, le 25 avril 2022

Une vie de bonheur, Les mémoires du petit colibri, Il est là Jano  ?, Évadée de tout sauf de l’enfance… Comment naît un titre de biographie ?

Claude, un homme particulièrement enjoué et qui considère que sa vie n’est que bonheur, a trouvé « son » titre avant même de commencer la moindre phrase ! Isabelle, elle, travaille d’arrachepied à ses mémoires qu’elle écrit elle-même. Elle a en tête le rôle a priori si dérisoire du colibri qu’elle développe cet aspect dans un des chapitres, son titre en sera inspiré. Anny, est la femme de Claude, et tous les deux se complètent bien. Elle a raccroché ses chaussures de cycliste à soixante-dix-huit ans, après avoir gravi tous les cols des Pyrénées et des Alpes, alors qu’elle savait à peine faire du vélo à quarante ans. Son titre : En avant, toujours !

À chaque écriture d’un récit, la question du titre vient vite percuter l’imagination. Parfois même cette question inquiète le narrateur, notre rôle est de le rassurer et de le conseiller.

D’abord « s’inspirer » !

Est-il possible que cette première page de couverture reste vierge de titre ? Bien sûr que non ! Peut-on être en panne d’inspiration, bien sûr que oui ! Mais tous, Anny, Claude, Isabelle, Marie-Claire, Morgane, Jano… ont capturé une idée, l’idée de fond, au début plutôt basique. Puis chacun relit les pages déjà produites et se projette dans le futur récit. Doucement, une personnalité, une histoire, une anecdote, un lieu et un personnage émergent. L’idée de fond s’impose, ne reste plus qu’à en faire un titre.

Titre cohérent ou titre accrocheur ?

De tous les titres inventés avec ou par nos sympathiques narrateurs, pas un ne leur ressemble pas. Une des voies la plus simple est de rester en cohérence avec sa propre image. Notre offre de service fondamentale est d’écouter au cœur, en si grande proximité que si on nous questionne sur le titre du livre, la proposition sera comme tout le reste : proche de cet humain qui partage tant de choses avec nous.

C’est ainsi qu’en déroulant son histoire, j’ai rappelé à Jano cette anecdote enfouie : une interpellation incessante à sa porte, à tout moment de la journée, même quand il avait fini de réparer les vélos de ses clients : « Il est là Jano ? » Toute sa vie il a répondu présent pour aider. Quel meilleur titre ? Surprise finale, ses enfants ont ajouté un clin d’œil, un jeu de mots qu’il a découvert avec joie sur le bandeau du livre le jour de la livraison !

Le reste est une affaire de conseil, le curseur étant à mettre entre « évocation du moi » et « formule courte ».


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> Des rencontres et des vies fascinantes

Par Charlotte Duprez-Desnoulez, Compagnon Biographe du Nord, le 18 avril 2022

Au Salon du livre de Bondues (Hauts-de-France) les 19 et 20 mars, notre stand des Compagnons Biographes suscite la curiosité des visiteurs. Quel est donc ce métier ? Pourquoi écrire sa vie ? Pouvons-nous les aider ?

« Je me souviens… »
En guise d’animation, nous invitons les visiteurs à s’inspirer de la célèbre phrase de Georges Pérec pour écrire un souvenir qui les a marqués ou qui leur est cher. Les petits papiers colorés, porteurs de toutes ces réminiscences, éclaboussent notre stand d’émotions, palette de souvenirs touchants, éprouvants ou drôles, tels « Je me souviens que ma mère a failli mourir de rire ! »

Des envies d’écriture inquiètes
Notre stand accueille des curieux, des passionnés de biographies, des volubiles qui nous racontent leur vie. Quelles meilleures oreilles que celles des biographes ? Dans ce ballet joyeux, d’autres, nombreux, caressent le rêve ou le projet d’écrire leur autobiographie. L’un souhaite être accompagné dans l’écriture de son parcours professionnel atypique, mais il s’inquiète parce que son esprit fonctionne en arborescence : « Ça va aller ? » Une autre ne veut conter que ses souvenirs d’enfance pendant la guerre, pour ses petits-enfants, « parce que le reste, ils s’en fichent ! » Un ancien syndicaliste aimerait raconter ses combats et ses désillusions mais « je suis vieux, mes histoires n’intéressent personne, cette époque a disparu ! » Nous devons les rassurer. « Votre vécu sera palpitant pour vos proches ! À travers votre récit, ils seront surpris de découvrir qui vous avez été, comment vous vous êtes construit et quel a été votre mode de vie. »

La nécessité d’écrire
D’autres nous confient leur besoin presque vital d’écrire. Celle qui vit une descente aux enfers et qui veut témoigner pour alerter et livrer ses conseils, celle qui a besoin de s’exprimer, de libérer son cœur lourd et celui qui me révèle un secret et s’esquive, l’air de rien. Histoires toutes édifiantes, passionnantes, poignantes… Durant ces deux jours, ma collègue Marie et moi avons à cœur de légitimer l’envie de se raconter, que ce soit pour laisser une trace, expliquer, témoigner ou se sentir mieux.

Lire d’autres pépites de la mémoire intime sous la photo

Quelques souvenirs recueillis lors du Salon du livre
« Je me souviens… »

Je me souviens d’un voyage en train de nuit avec mes grands-parents. Tout le monde dormait. Je m’ennuyais, alors j’ai mâché un puis deux puis trois chewing-gums. J’ai lancé les boulettes mastiquées à travers la voiture couchette. Dans l’obscurité, je ne voyais rien. Malheureusement les boulettes ont atterri dans les cheveux de la dame qui voyageait avec nous. Je vous laisse imaginer l’état de sa coiffure au réveil ! Elle avait rendez-vous le matin même au Parlement européen de Strasbourg…

Je me souviens du regard inquiet et empli d’amour de mon grand-père me voyant chevaucher mon cheval à moteur. « Oui Papy, je fais attention… »

Je me souviendrais toujours de ma grand-mère, des valeurs qu’elle m’a transmises et de la trace qu’elle laissera durablement grâce au livre qu’elle a écrit. Son histoire restera gravée dans l’histoire familiale. Merci pour le livre de ta vie Mamie.

Je me souviens de notre évacuation vers le Lot-et-Garonne pendant la guerre. J’avais cinq ans.

Je me souviens de mon père qui enfile son manteau dans le couloir. Il part à une réunion du tennis club au sein duquel il est juge arbitre. Il m’envoie un baiser et me dit : « À demain Babouchka ! » C’était la dernière fois que je le voyais. Il est mort le soir même d’un infarctus. J’avais onze ans.

Je me souviens de Bonne-Maman qui disait : « Le soleil est derrière les nuages. »

Je me souviens des vacances dans les années 60, à cinq dans la Dauphine, moi sur les genoux de mon frère, ma mère et ma sœur à l’arrière, assises sur les couvertures. Traversée de la France, arrêts au camping au bon vouloir du temps, nuits dans la voiture ou dans la petite canadienne… C’était le bon temps.

Je me souviens des chemises blanches amidonnées de mon père.

Je me souviens de la méchanceté de ma prof de chant. Chaque vendredi soir, j’allais au cours une boule au ventre. Mais à force de courage et de persévérance, je suis rentré au conservatoire de musique. « Fais de ta vie un rêve et d’un rêve une réalité » (Saint-Exupéry)

Je me souviens de mon émotion et de mon bonheur quand j’ai célébré le mariage de mes deux enfants lors de mon mandat de conseiller municipal.

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> Prendre racine, sans oublier d’où l’on vient

Par Johanna Descoings, Compagnon Biographe en Picardie, le 11 avril 2022

Quitter son pays pour fuir l’invasion russe, ça vous évoque quelque chose ? Cette aventure est celle d’une famille ouvrière polonaise en 1946. Arrivé en Picardie à l’âge de six ans, Richard réussit son intégration grâce à des bienfaiteurs. Une histoire qui résonne en 2022 comme un message d’espoir.

Un cours de géopolitique vivant

Qui se souvient que la Pologne avait été rayée de la carte de l’Europe pendant deux siècles, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale ? Qui sait que des familles polonaises chrétiennes avaient été déportées en 1940 vers l’actuelle Lituanie, pour travailler les terres que les nazis venaient de conquérir ? En écoutant Richard Olech, j’ai réappris l’histoire sous un jour nouveau. À travers son récit, je découvrais ébahie la vie d’une famille de paysans slaves au XXe siècle, certes, mais aussi en filigrane l’odyssée de tout un peuple qui avait eu le tort d’occuper un territoire fertile, et qui à cause de cela fut écartelé depuis toujours par les convoitises de ses voisins.

Une rédaction à quatre mains

L’esprit de Richard est foisonnant. Sa mémoire est si précise et sa curiosité si vive qu’il lui fallait canaliser son flot de pensées pour écrire sa biographie. Transmettre, c’est pouvoir être lu. Mais il avait aussi besoin de tenir la plume, il voulait que les mots choisis soient les siens. Nous avons donc construit notre méthode au fil de l’eau : il écrivait, je complétais ou proposais des aménagements, nous nous rencontrions pour en discuter. Par effet miroir, le récit avançait : certaines parties étaient élaguées pendant que d’autres s’étoffaient.

La transmission dépasse le cadre familial

Aujourd’hui, Richard est un médecin français à la retraite, parfaitement intégré. Personne ne soupçonnerait son passé de réfugié, marqué par la lutte pour réussir. Après avoir partagé ses mémoires avec sa famille et ses amis proches, il a finalement décidé de porter son témoignage à la connaissance de la diaspora polonaise, mais aussi de tous ceux qui veulent comprendre l’actualité à la lumière d’événements historiques pas si lointains.


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> Les enfants d’abord !

par Myriam Cavanié, Compagnon Biographe, le 4 avril 2022

Comment écrire le livre de votre vie ? À partir de ce qui a compté pour vous ! Petits et grands évènements, êtres chers, lieux découverts, photos… Tout un voyage !

Vous écouter et apprendre de vous
Ce matin j’ai rendez-vous avec Janine. À la fin de notre précédent entretien, elle m’a dit : « La prochaine fois, nous irons en Inde… Cheyur, vous connaissez ? » Nous venions tout juste de quitter le bassin minier de Decazeville ! « Cheyur ? Pas du tout ! Mais vous me raconterez ! » Je me souviens lui avoir dit que je n’avais jamais autant voyagé que depuis que j’écrivais des biographies.

Réactiver les souvenirs
Janine a 90 ans. Nous travaillons ensemble à l’écriture du récit de sa vie. Son témoignage sur les conditions de vie des mineurs et de leurs familles à Decazeville dans l’immédiat après-guerre est émouvant. Grâce à elle, j’ai pu numériser des photographies prises lors des grèves ayant précédé la fermeture des mines, au début des années 1960. Ces photographies, où elle reconnaît des collègues du Centre Social, ont réactivé anecdotes et souvenirs.

Éducatrice spécialisée, Janine a consacré sa vie à la cause des enfants. Elle est à l’origine de la création d’un Externat Médico-Pédagogique à Decazeville en 1966. Une expérience unique dans la France de l’époque ! Et une évidence pour Janine : « Permettre à ces enfants de vivre dans la ville comme tout le monde ».

De question en question… avancer !
J’ai consulté les archives de Janine et fait quelques recherches en amont de notre rendez-vous. J’ai des questions à lui poser. Des points à éclaircir, des informations à croiser.
De question en question, nous explicitons, nous creusons, nous faisons des choix. Janine me montre des photographies de l’orphelinat de Cheyur, une petite ville du sud de l’Inde. Elle me raconte des anecdotes auxquelles elle tient. Pour la couverture de sa biographie, elle souhaite « qu’il y ait des enfants et rien d’autre ». Elle n’a pas d’idée pour le titre. Elle veut que ce soit simple.

Je regarde ma montre, tout s’enchaîne. Une biographie en cours, une qui se termine, une autre qui va démarrer. Ce n’est jamais pareil ! Et c’est cela aussi, qui me plait dans ce métier.

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> Un biographe peut-il écrire toutes les histoires ?

Par Sylvie Kienast, Compagnon Biographe à Paris, le 28 mars 2022

Ma première rencontre avec Éléonore dans un café parisien m’a bouleversée. Comment pourrais-je écrire son histoire ?

Une enfance difficile
Éléonore est née à Antanarivo dans une famille de treize enfants. Malgré des parents aimants et aisés, les coutumes, les règles d’éducation et de vie à Madagascar, très strictes et sévères, ont fait de son enfance et de sa jeunesse une période douloureuse.

L’amour rencontré
Elle échappe à sa fratrie et au poids de la famille en rencontrant l’amour de celui qui deviendra son futur mari. Elle le suivra en France et c’est là qu’elle commencera à se sentir libre. Suivra une vie d’expatriée avec deux enfants.

L’engagement sociétal
Que ce soit en Zambie, à Maurice ou à Madagascar, Éléonore s’investit totalement. Que ce soit pour instruire les enfants, organiser des évènements sportifs ou créer sa structure, Éléonore suit sa ligne de vie, authentique et lumineuse.

Renoncer à écrire une biographie ?
À la suite de notre premier entretien, fort agréable, face au jardin du Luxembourg, je m’étais retrouvée dans l’incapacité de boire et de manger pendant deux jours. Moi qui suis très à l’écoute des signaux que mon mental m’envoie, je me suis persuadée que l’histoire d’Éléonore faisait résonner en moi des souffrances enfouies et j’ai choisi de ne pas accepter d’écrire son histoire de vie.

Se laisser surprendre !
Quelque temps plus tard, une amie, à qui je confiais cette expérience, m’a permis de prendre du recul. J’ai recontacté Éléonore pour lui proposer de commencer le récit de sa vie la semaine suivante. Tout a été extrêmement simple, et Éléonore et moi avons retracé sa belle histoire de vie dans la plus chaleureuse authenticité.
Moralité : Ne jamais se projeter dans l’histoire de son client.

La biographie d’Eléonore

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> Écrire les souvenirs de nos chers disparus

Par Benoît Houssier, Compagnon Biographe en Auvergne-Rhône-Alpes, le 21 mars 2022

Comment évoquer l’histoire d’un couple, 20 ans après leur décès ? Les cinq enfants de Lola et André souhaitaient rassembler leurs souvenirs dans un livre, mais comment raconter la vie de deux personnes à cinq voix ?

Raconter l’histoire de ses parents

Lorsque j’ai rencontré les enfants de Lola et André, ils se demandaient comment nous allions procéder. Leurs parents, dont nous souhaitions raconter l’histoire, n’étaient plus là pour en parler. Pourtant, leurs enfants avaient de nombreux souvenirs à partager. Ils avaient envie de transmettre la mémoire du couple à leurs descendants.

Agir avec méthode
Afin d’éviter les répétitions, j’ai proposé de répartir entre les enfants les périodes de vie de Lola et d’André. Les quatre frères et leur sœur sont devenus narrateurs d’un chapitre que les autres ont complété. Raconter les souvenirs d’un couple avec cinq narrateurs représente beaucoup de souvenirs. Chacun.e a sa façon de raconter et on peut parfois ne pas être d’accord. En cas de souvenirs différents, la fratrie s’est donc accordée sur la version à conserver. La méthode semblait exigeante, mais elle a constitué un cadre confortable pour toute l’équipe.

Un livre plein d’espoir
Au fur et à mesure de l’écriture, l’ouvrage a pris forme. Les racines du couple, la rencontre, la séparation à cause de la guerre, l’entrée en résistance d’André, sa déportation, les retrouvailles, la construction de leur famille… Les joies ont succédé aux périodes sombres et apportèrent beaucoup d’espoir. Lola et André débordaient d’énergie positive et l’ont généreusement partagée avec leurs enfants et leur entourage.

Transmission posthume
Le résultat est un livre illustré par des photos et des archives permettant de mieux comprendre certaines parties liées à la grande histoire, l’horreur des camps notamment. De nombreux documents et images viennent enrichir le propos. Les descendants ont ainsi pu lire avec émotion la biographie de Lola et André, bien qu’ils ne soient plus là pour raconter leur vie.

La fratrie, la biographie entre les mains
La fratrie, la biographie entre les mains

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> Nonna , ou le goût d’une enfance sicilienne

Par Fabienne Soulard, Compagnon Biographe en Bretagne et Ile de France, le 14 mars 2022

Comment raconter la vie de Sofia, nostalgique de sa Sicile natale ? En donnant à voir sa façon de parler et de vivre, truffée d’expressions et de recettes du pays perdu. Âgée de 88 ans, Sofia mêle le français, l’italien et le sicilien dès qu’elle évoque son histoire.

Des mots venus de loin
Ma première rencontre avec Sofia m’a tout de suite plongée au cœur de la Sicile. La vie, c’est une fortuna. Les jeux de l’enfance, c’étaient la zecchinetta, la sette ou le mezzo. « On rigolait beaucoup, surtout à la zecchinetta où on peut gagner un peu d’argent ! » m’a-t-elle avoué en riant. J’ai tout de suite été embarquée dans l’histoire de Sofia, petite dame pleine d’énergie et de volonté.

Un concentré de saveurs
Ses souvenirs en cascade ont donné mille saveurs au récit de vie que j’écrivais : le pane croustillant cuit au four du village chaque semaine, les délicieuses tartines nappées de salsa di pomodoro, l’évocation de la fabrication des tagliatelle à la maison. Avec la bonne odeur qui s’échappait de sa cuisine lors de nos entretiens, la biographie de Sofia a pris le goût de la Sicile.

Exil en France
Mais « la guerre et la misère ne m’ont pas oubliée », et, peu après son mariage, elle a dû quitter sa Sicile pour les mines de charbon en France. Ses recettes l’ont accompagnée. Les pasta alla norma et les arancini de lentilles lui rappelaient le pays, oubliant son exil le temps d’un repas.

Nous avons décidé avec Sofia de proposer toutes ses recettes à la fin de sa biographie, ainsi qu’un lexique pour ses petits-enfants qui ne parlent pas l’italien, encore moins le sicilien. « Il ne faut pas qu’ils oublient que le cœur de la vie est dans la pentola (la marmite) ! »

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> Livre d’une vie : l’étincelle du début

par Pierre Nozières, le 7 mars 2022

Quand le biographe rencontre le narrateur pour la première fois, comment instaurer la confiance ? Comment calmer l’appréhension ? Par quels souvenirs ou idées commencer le récit ? Il arrive que l’amorce soit fortuite…

Rien ne s’est passé comme prévu

Un peu inquiet, j’avais balisé dans ma tête ce que pourrait être le déroulement de ma première rencontre avec Josy, chez elle : Les mots pour me présenter. La réponse à ses marques de curiosité envers mon expérience d’avant l’écriture. Et surtout les possibles parades face à la « crainte de la page blanche » qui allait peut-être étreindre la narratrice en même temps que son biographe.

Le hasard du calendrier a voulu que nous soyons au lendemain d’un concert-anniversaire largement diffusé au niveau national. Si bien que, à peine prononcés les propos de bienvenue, Josy m’a demandé « Alors, Pierre, avez-vous regardé le concert de Johnny hier à la télé ? » Et là, en quelques phrases saisissantes, s’est tout de suite dessiné un portrait en creux de la dame qui allait me confier le livre de sa vie et le flot tumultueux de ses ressentis, échecs, joies et passions.

Comme son idole

Comme le rocker au grand cœur, Josy avait connu une jeunesse ballottée et incertaine. Elle avait maintes fois failli s’égarer dans de mauvais chemins de traverse, et n’avait été sauvée que grâce à un océan d’amour. Comme son idole, elle avait besoin de trouver les mots pour exprimer le carcan dont elle avait su s’extraire. Pour l’artiste, des chansons à fleur de peau. Pour elle, une farouche détermination à simplement partager avec ses enfants et petits-enfants ce qu’elle avait connu au même âge qu’eux.

De cette lointaine comparaison avec le chanteur qui avait brûlé les planches, aussi spontanée que traduisant un beau recul sur soi, sont nées - en direct - des phrases fortes, douces et claquantes à la fois. L’enregistreur les a captées. Onze mois plus tard, elles deviendraient les premières pages du livre. Parfois, en de tels moments de grâce initiale, les mots justes s’invitent d’emblée. Une belle expérience, inoubliable pour le biographe débutant.

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