Genèse d’une biographie

Le 20 juin 2022

La neige tombée en abondance bloque les routes. Ce matin, Christelle n’ira pas travailler sur le marché. La voilà coincée chez elle le temps que la situation s’améliore. Christelle est jeune et l’inactivité lui pèse. Alors une idée s’impose à elle comme une évidence : elle tient là l’occasion rêvée de mener ce projet qu’elle mûrit depuis si longtemps. Elle attrape le téléphone et appelle son grand-père.

-  Pépé, lui dit-elle en dialecte alsacien, tu vas me raconter la guerre !
-  Oui, mais quand ?
-  Tout de suite, si tu es disponible !

Quelques instants plus tard, bravant la froidure, Christelle retrouve son aïeul. Sans attendre, elle pose son mini K7 face à son grand-père et presse la touche d’enregistrement. Un long silence s’installe. Le vieil homme, d’habitude si volubile, reste muet, comme interloqué. Christelle est allée un peu vite en besogne : son grand-père n’est pas prêt ! Évoquer la Seconde Guerre mondiale à la fin d’un repas de famille est une chose, mais s’exprimer, seul, face à un magnétophone, en est une autre. Puis, petit à petit, Antoine Gentner se met à parler. Il revit son embrigadement dans l’armée allemande, le départ pour le front russe, les tranchées, les combats, les camarades qui tombent, l’inexorable avancée de l’Armée rouge, l’eau glacée des rivières que l’on traverse la peur au ventre, la faim qui tenaille et le froid qui épuise, la vermine, les blessures, un hôpital de campagne et une fuite éperdue à cheval, puis enfin la libération et le retour à la maison.

Une fois la rédaction des Mémoires de son grand-père terminée, Christelle lit et relit son manuscrit, mais elle n’est pas satisfaite de la qualité de son texte et doute qu’il puisse être publié en l’état ! Faute de solution, les Mémoires d’Antoine Gentner dormiront au fond d’un tiroir pendant de longues années.

Christelle m’a demandé de reprendre son texte afin de le structurer et de lui apporter un souffle et une unité de ton. En tant que biographe, mon travail a consisté à réécrire et à mettre en forme une grande part du texte initial, à replacer les différents épisodes du récit du vieil homme dans leur contexte historique et à les relier entre eux.

Par Jean-Louis Milcent

Compagnon Biographe en Alsace