Nonna , ou le goût d’une enfance sicilienne

Le 14 mars 2022

Comment raconter la vie de Sofia, nostalgique de sa Sicile natale ? En donnant à voir sa façon de parler et de vivre, truffée d’expressions et de recettes du pays perdu. Âgée de 88 ans, Sofia mêle le français, l’italien et le sicilien dès qu’elle évoque son histoire.

Des mots venus de loin
Ma première rencontre avec Sofia m’a tout de suite plongée au cœur de la Sicile. La vie, c’est une fortuna. Les jeux de l’enfance, c’étaient la zecchinetta, la sette ou le mezzo. « On rigolait beaucoup, surtout à la zecchinetta où on peut gagner un peu d’argent ! » m’a-t-elle avoué en riant. J’ai tout de suite été embarquée dans l’histoire de Sofia, petite dame pleine d’énergie et de volonté.

Un concentré de saveurs
Ses souvenirs en cascade ont donné mille saveurs au récit de vie que j’écrivais : le pane croustillant cuit au four du village chaque semaine, les délicieuses tartines nappées de salsa di pomodoro, l’évocation de la fabrication des tagliatelle à la maison. Avec la bonne odeur qui s’échappait de sa cuisine lors de nos entretiens, la biographie de Sofia a pris le goût de la Sicile.

Exil en France
Mais « la guerre et la misère ne m’ont pas oubliée », et, peu après son mariage, elle a dû quitter sa Sicile pour les mines de charbon en France. Ses recettes l’ont accompagnée. Les pasta alla norma et les arancini de lentilles lui rappelaient le pays, oubliant son exil le temps d’un repas.

Nous avons décidé avec Sofia de proposer toutes ses recettes à la fin de sa biographie, ainsi qu’un lexique pour ses petits-enfants qui ne parlent pas l’italien, encore moins le sicilien. « Il ne faut pas qu’ils oublient que le cœur de la vie est dans la pentola (la marmite) ! »

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> Livre d’une vie : l’étincelle du début

par Pierre Nozières, le 7 mars 2022

Quand le biographe rencontre le narrateur pour la première fois, comment instaurer la confiance ? Comment calmer l’appréhension ? Par quels souvenirs ou idées commencer le récit ? Il arrive que l’amorce soit fortuite…

Rien ne s’est passé comme prévu

Un peu inquiet, j’avais balisé dans ma tête ce que pourrait être le déroulement de ma première rencontre avec Josy, chez elle : Les mots pour me présenter. La réponse à ses marques de curiosité envers mon expérience d’avant l’écriture. Et surtout les possibles parades face à la « crainte de la page blanche » qui allait peut-être étreindre la narratrice en même temps que son biographe.

Le hasard du calendrier a voulu que nous soyons au lendemain d’un concert-anniversaire largement diffusé au niveau national. Si bien que, à peine prononcés les propos de bienvenue, Josy m’a demandé « Alors, Pierre, avez-vous regardé le concert de Johnny hier à la télé ? » Et là, en quelques phrases saisissantes, s’est tout de suite dessiné un portrait en creux de la dame qui allait me confier le livre de sa vie et le flot tumultueux de ses ressentis, échecs, joies et passions.

Comme son idole

Comme le rocker au grand cœur, Josy avait connu une jeunesse ballottée et incertaine. Elle avait maintes fois failli s’égarer dans de mauvais chemins de traverse, et n’avait été sauvée que grâce à un océan d’amour. Comme son idole, elle avait besoin de trouver les mots pour exprimer le carcan dont elle avait su s’extraire. Pour l’artiste, des chansons à fleur de peau. Pour elle, une farouche détermination à simplement partager avec ses enfants et petits-enfants ce qu’elle avait connu au même âge qu’eux.

De cette lointaine comparaison avec le chanteur qui avait brûlé les planches, aussi spontanée que traduisant un beau recul sur soi, sont nées - en direct - des phrases fortes, douces et claquantes à la fois. L’enregistreur les a captées. Onze mois plus tard, elles deviendraient les premières pages du livre. Parfois, en de tels moments de grâce initiale, les mots justes s’invitent d’emblée. Une belle expérience, inoubliable pour le biographe débutant.

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Par Fabienne Soulard

Compagnon Biographe en Bretagne et Ile de France