Quitter son pays sous la contrainte

Le 16 mai 2022

Raconter son histoire, ce déchirement pour témoigner

Comment être à l’écoute du narrateur ? Comment créer un climat pour qu’il exprime au mieux son ressenti, ses émotions ? Et permettre aux silences de s’installer ?

Rencontrer Ana
Ana, réfugiée d’Espagne avec sa famille me raconte la « Retirada » qu’elle a vécu de 6 à 11 ans.
Petite femme aux cheveux très blancs, à l’œil pétillant, elle m’ouvre la porte. Sur son visage, se lit son énergie et sa bienveillance, mais aussi l’inquiétude à l’idée de se replonger dans son passé et de raconter son histoire.

Partir vers l’inconnu
Ana vit avec sa famille dans un petit village près de Cordoba. Son père, opposé farouchement à Franco, s’engage dans la résistance et le reste de la famille part sur les routes, c’est la « Retirada », l’exode en direction de la France. Ana raconte la route jusqu’à la frontière, l’annonce de la mort de son père sous le drapeau républicain, puis la traversée à pied des Pyrénées pendant laquelle, sa mère accouche d’un petit frère, l’arrivée dans un premier camp d’accueil en France ; puis ballottée de Besançon à Argelès, en passant par Bram, Rivesaltes, Montluel, Le Chambon-sur-Lignon, vivant dans l’incertitude du lendemain. Entourée d’une famille aimante, elle a une seule envie chevillée au corps, s’instruire, apprendre le plus possible grâce à la « Croix Rouge suisse » qui s’investit auprès des réfugiés.

S’installer en France
Malgré cette jeunesse marquée par la guerre, les privations, le déracinement, Ana deviendra « première main » chez un grand couturier à Paris. Avec son mari, ils ouvriront une boutique et habilleront certaines personnalités connues de cette époque.

Savoir écouter

J’écoute, je laisse les silences s’installer pour qu’elle reprenne son souffle, qu’elle laisse passer l’émotion qui la submerge à l’évocation de ces souvenirs toujours aussi brûlants et que je dois retranscrire.

Remonter le fil de l’histoire

Ce fût pour Ana un plongeon douloureux dans le passé, mais aussi un exutoire. Sa mémoire intacte a produit un témoignage bouleversant, identique à celui que pourraient laisser ceux, du monde entier, obligés de fuir leur terre.

Par Marie-Hélène Grégoire

Compagnon biographe à Chatou, en région parisienne