Les biographies non imprimées comptent-elles pour du beurre ?

30 mai 2022
Par Vincent Pandore

Compagnon Biographe au Havre

Dans mon expérience, il n’est pas exceptionnel qu’une biographie terminée bute sur la dernière marche.

Prenons celle-ci : après des mois de rencontres, de confidences et de questionnements, les forces manquent à celle dont le nom doit s’afficher en grosses lettres sur la couverture cartonnée du livre de sa vie. Après moult réflexions, Rose-Marie* préfère finalement s’épanouir à la lumière de ce qui a été posé, plutôt que de s’exposer à de nouvelles épines.

Pourtant, tout est calé pour envoyer chez l’imprimeur le fichier tant de fois relu, à la recherche d’une possible coquille. J’ai fait le choix, validé par la narratrice, de ne trop amender son langage parfois cru, avec un choix de phrases qui cognent parfois : c’est un texte qui lui ressemble et qui fonctionne bien. Avant la réalisation de la maquette du livre, je lui ai proposé un titre symbolique et créé une couverture, après l’obtention des droits à l’image d’un photographe italien. Je suis fier de mon travail.

Celle qui m’a raconté sa vie tumultueuse avec autant d’émotions me fait alors sentir des signes qui ne trompent pas : le livre ne verra pas le jour !

Déception transitoire, bien sûr, pour le biographe que je suis, qui a mis toutes ses tripes dans cet accompagnement. Mais déception vite rangée, puisqu’à force de côtoyer l’humain, je sais que le travail est accompli. La cliente dispose de son histoire, avec des mots choisis ; un texte écrit blanc sur noir de ce qui restera de sa vie.

Ces pages persisteront dans ma mémoire, c’est certain. Elles finiront dans un tiroir ou à destination d’un confident choisi, va savoir. Elles font preuve d’une éclosion remarquable en milieu hostile, et ce n’est pas rien.
* L’identité de cette narratrice a été modifiée…